Les rats et le gna gna de la maire

Quand je reste à Paris, je m’astreins toujours à sortir au moins une fois dans la journée pour démontrer à imagination que cela n’avait en fait pas d’intérêt. Sans cette preuve par l’expérience, je ne pourrais la convaincre que je n’ai rien loupé tant il paraît impossible que dans une capitale autrefois bouillonnante, on n’y vive pas des choses extraordinaires. Alors je m’inflige des réponses positives à des invitations, des transports malcommodes, des conversations épuisantes, des hospitalités très perfectibles, des accouplements de vanité, des beautés stupides et gélifiant tout cela l’air satisfait des autres persuadés de vivre quelque chose — alors que j’aurais pu passer ces moments précieux à lire ou exister dans quelque autre ville du monde qui n’est pas morte.

A ceux qui arrivent à Paris, un conseil : ne perdez pas votre temps à séduire, le sexe avec les garçons est facile ici et s’obtient sans même le demander pourvu que vous vous laissiez photographier par l’un des très nombreux artistes locaux spécialisé dans l’éphèbe ou que vous acceptiez de le faire à beaucoup. Une fois par mois sort dans une librairie de la ville un recueil de photos en noir et blanc ou en couleurs criardes dans lequel des garçons se bouffent le cul ou se sucent : tâchez de suivre l’un ou l’autre de ces photographes dans leurs soirées et laissez vous faire. Surtout ne parlez pas ; vous risqueriez de ne pas dire ce qui est nécessaire. Et gardez partout, dans les baignoires pas très nettes et les canapés défoncés, le genre de sourire d’Emmanuel Macron sur son portrait officiel : c’est le sourire de classe de la nuit parisienne qui se vit comme la plus originale du monde.

Se rassurer, quand on voyage, de renouer avec son énergie et son désir. On retrouve ailleurs le Paris embouteillé, vivant, parisien, facile et multiple : pour ceux qui sont nés à Paris, Séoul est plus Paris que Paris maintenant, et que dire de Londres ? Paris crève de touristes parasites qui n’y font qu’un tour en ruinant la ville et rejette les immigrés qui l’enrichissent et la renouvellent; Paris crève de sa circulation interdite, de sa politique immobilière de classe — on ne veut plus y loger que les très riches et leur domesticité aux frais de la collectivité, mais qui de vos amis, de vos amants, de vos enfants trouve à se loger dans ce parc à loyer modéré qu’on ne cesse d’étendre ? Les seuls résidents de ces HLM que vous connaissez, avouez-le, sont politiques ou servent chez eux — Paris crève de sa nuit et de ses plaisirs organisés par des plans d’urbanisme, de son bord de Seine qui sent le plat au bain-marie et la décoration de centre commercial, de la fatigue de tous ceux qui n’habitent pas le centre et à qui ont fait payer jusque dans leur santé leur tort de n’être pas parisien. La plus grande confiscation, dans l’histoire, de Paris par les très riches est en train d’arriver : les plaisirs abondants et faciles que vous vivez dans n’importe quelle autre ville qui se veut monde, eh bien à Paris vous ne pouvez espérer en approcher que si vous disposez d’une voiture avec chauffeur et que vous ne sortez que dans les galas et vernissages. Paris est sous perfusion de Uber : si Uber disparaît, alors il n’y aura plus que des cars et des cannes à Selfie, des trentenaires à barbe et une maire mal maquillée. Parlez-moi de la dernière expérience esthétique où vous n’avez pas été bousculé après  avoir subi un long piétinement ? Partout ailleurs vous pourrez jouir de la beauté presque seul devant elle, comment acceptez-vous de ne l’éprouver à Paris  que comme dans une rame de RER ?

La vérité est que les mille peines que vivent les parisiens et ceux qui viennent à Paris ne sont pas simplement parfaitement inacceptables : elles sont aussi facilement évitables. Face à l’abjection têtue de la maire et de ses adjoints, que l’intelligence n’a pas réussi à entamer, que faut-il faire ? en appeler à l’amour ? Inviter tout le monde à me suivre dans mon exil enchanteur ? Mais le reste du monde ne peut pas absorber toute la misère de Paris, elle le contaminerait et qui sait si un adjoint de la maire ne se trouverait pas parmi ces migrants.

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Bulles de vacances

  1. Quand je l’ai rencontré j’ai immédiatement senti que coucher avec lui serait à la fois absolument indispensable et parfaitement superflu. Absolument indispensable parce que tout son corps résonnait avec mon désir habituel et parfaitement superflu car je savais d’avance, avec une précision extraordinaire, ce que j’allais vivre, dans une sorte de parfaite égalité entre mon fantasme et mon souvenir. Notre désir nous tourne vers des êtres dont la variabilité est finalement trop limitée pour la multitude de nos occasions sexuelles. Tout juste découvre-t-on ici un grain de beauté plus important, ou parfois une pilosité aberrante, mais pour le reste on pourrait dessiner les yeux fermés le corps de ceux qu’on n’a pas encore possédés et se souvenir de leur jouissance sans même avoir dû l’éprouver.
  2. Ma detestation des derniers présidents, de leur morgue et de leur sottise, n’a sans doute d’égale que l’abondance des bienfaits dont ils m’ont régalé. Bienfaits purement matériels, s’entend — intellectuellement, la stimulation n’a cessé de diminuer à proportion du rétrécissement du débat public. En somme, je devrais leur témoigner ici ma reconnaissance car leurs réformes ont chaque fois élevé ma situation. Mais quoique finalement pas très généreux, je suis incapable de me réjouir quand je vois comment on traite les autres. Si mon pays m’avait infligé dans ma jeunesse ne serait que dix pour cent que ce que *** a dû subir et à quoi j’ai  j’ai assisté en le fréquentant, je me serais expatrié depuis bien plus longtemps.
  3. Si la prostitution devait être une solution, elle serait une solution à la misère intellectuelle, pas à la misère sexuelle. On finit toujours par trouver un partenaire et une occasion de coït, donc je ne crois pas trop qu’aujourd’hui on puisse vraiment payer pour tirer son coup, qui est facile et gratuit ; non on paye pour ne pas avoir à subir, en contrepartie de son plaisir, la conversation désolante du corps que l’on convoite.
  4. Comme il est doux, dans cette ville où j’habite désormais et qui jouit d’un taux de chômage minimal et d’un revenu par tête bien supérieur à celui des français, de voir qu’on y applique l’inverse des politiques économiques qu’on prône en France au nom de la nécessaire réforme. Le coût du travail dans les métiers les moins qualifiés donnerait un malaise à n’importe quel patron français pour qui payer une indemnité de stage est déjà un problème de compétitivité; et les patrons ne parlent ici que de l’augmenter pour s’attirer la main d’oeuvre dont ils ont besoin. La fierté des habitants tient à l’efficacité de leurs services publics et on y dépense des sommes considérables. Ici, une Agnès-Verdier Molinié crierait au sous investissement public et à la perte d’attractivité du territoire si on s’avisait de réduire la fréquence des transports publics dans les zones les plus reculées. Et on s’enorgueillit encore, dans la conversation, de la forte majorité qui a voté l’augmentation des impôts pour développer la collection de tableaux du musée.
  5. Son propre plaisir finit par devenir une routine ou bien une chose corporelle et plus du tout aussi métaphysique qu’on le croyait ou le vivait à l’adolescence.  Ce qui vous rattache encore au sublime, dans la fornication, c’est le plaisir que vous donnez à l’autre.
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Destruction d’une ville ou la mairâtre impatiente

Il y a chez Anne Hidalgo la forme d’impatience autoritaire de ceux qui ont accédé par chance ou par hasard à un rôle qu’il ne comprennent pas et dont ils se sentent au fond incapables. Maire d’une capitale dont les habitants sont tous persuadés qu’elle est celle du monde, ce qui aide quand même à accomplir de grandes choses, elle n’est finalement parvenue pour le moment  qu’à des décisions de voirie pour bourg rural ou dépenses de prestige de potentat sud américain. Ses discours, vides, fournissent aux étudiants d’histoire la forme la plus élémentaire et chimiquement pure de la phraséologie totalitaire :ambition démesurée dans le dessein, néant total de la démonstration, appui entier sur un finalisme si absolument radieux qu’il peut tout justifier. Ses actes sont de ceux qui ne méritent que le mépris. Comment peut-on prendre au sérieux quelqu’un qui, contre toute l’évidence possible, et alors qu’il n’est pas un service public vital dont on ne coupe les ressources,  s’est engagé dans une campagne de folie pour accueillir les jeux olympiques ? Comment accepter la saleté, la vétusté, les problèmes récurrents dans les infrastructures essentielles de la ville,  et tout d’un coup ruiner la ville pour un événement donc chacun  peine à se souvenir le mois qui suit sa clôture ? Comment cette femme si secondaire, atteignant des responsabilités qui l’honorent, peut-elle ne vouloir laisser dans l’histoire que des dettes sans éclat ?

Mais tout chez Hidalgo sent la sueur d’essayer de penser et la haine de ne pas y parvenir. Voilà qu’on nous annonce un nouveau plan de voirie nourri de la détestation pour la voiture (admettons) mais aussi pour le « tout-venant ». La circulation doit être rendue difficile au tout-venant. On connaissait la haine de l’immigré, de l’homosexuel ou du juif comme ciment d’un parti ou d’une doctrine : dans l’hidalgogoguisme, celui qui joue le rôle de victime à faire souffrir c’est le tout venant.

Et comme toujours dans les idéologies de la haine, le bouc émissaire est désigné comme tel au nom d’une grande idée vertueuse : ici ce n’est pas la purification de la race, la lutte contre le chômage ou l’intérêt supérieur de l’enfant — non il s’agit de l’urgence environnementale. Ben voyons. Chassons les voitures de la rue de Rivoli et nous sauverons la planète. Any objection ? 

Et comme toujours dans les idéologies de la haine, la victime expiatoire est définie négativement : on comprend des réponses ampoulées de la mairâtre est que c’est à la fois le contraire du riverain (qui conservera l’accès) et du touriste (qu’il faut choyer pour qu’il se multiplie). Voyez, je vivrais juste en dehors du boulevard périphérique, je commencerais à réagir devant ces mesures de ségrégation avant qu’il ne devienne trop tard, et que les parisiens finissent complètement désinhibés dans leur haine du banlieusard à l’image de leur chef.

Ce qui me frappe, moi, et qui ne me semble pas suffisamment commenté, c’est qu’au fond, avant même de frapper le banlieusard, ces mesures sont en train surtout de rendre la vie impossible aux gens âgés ou handicapés. En quelques années de gauche au pouvoir, on a rendu la vie de mon père, dont le seul tort est d’avoir une insuffisance respiratoire, très difficile à Paris où il vit maintenant presqu’en état d’assignation à résidence. L’accès au métro, dont la plupart des stations n’offrent que des escaliers, lui est interdit comme à beaucoup d’handicapés — et encore davantage compte tenu de la pollution aux particules déraisonnable qui y sévit. Comme pour les habitants de plus de trente ans ou pour deux jours sur trois à Paris, le vélo n’est pas une solution envisageable. Quand au réseau de bus, il est peu fiable, lent, à l’équipement disparate et souvent bondé. La voiture c’est la mobilité de ceux qui ne sont pas bien portants. La chasser, c’est vouloir une ville que l’on quitte lorsqu’on n’est plus jeune ou athlétique. C’est le modèle d’Albert Speer.

Non seulement l’idéologie d’Anne Hidalgo est ainsi ignoble, mais en plus elle est sotte, puisque la démographie pouvait à la limite nourrir les délires de l’urbanisme totalitaire des années trente, mais elle est devenue aujourd’hui radicalement contraire. Le fait majeur, et massif, est le vieillissement de la population : la politique d’Anne Hidalgo ne propose comme réponse à cela que l’épuration.

Comme, par ailleurs, cette politique expulse aussi du centre les arts et l’enseignement, elle aboutit en réalité à l’inverse de l’objectif affiché d’une circulation douce, car Paris devient de plus en plus une ville qu’on ne fait que traverser. On loue sa beauté, mais c’est une beauté de façades : la vérité est qu’on n’a plus rien à y faire. On n’y travaille déjà plus ; on y interdit les concerts en son centre (voyez la Salle Pleyel), on n’y étudie plus. Les seules activités tolérées sont la circulation, les courses et les activités sportives dans le cadre restreint de compétitions internationales retransmises sur grand écran dans des fan zones.

Pour revenir aux Jeux Olympiques, le seul souvenir que je garde personnellement de ceux d’Albertville est celui du spectacle de la cérémonie d’ouverture (était-ce de clôture? ou les deux ?) qui, pour le garçon qui n’y connaissait pas grand chose, m’avait parue si singulière, poétique, et différente. J’avais l’impression que nous avions là montré au monde ce que nous pouvions faire, dans un pays de culture, de ce qui généralement n’était qu’un barnum mièvre et clinquant. Mais voilà, la compétition de l’Euro organisée à Paris a montré vers quoi allait le goût d’Anne Hidalgo, à rebours de toute la tradition culturelle de la gauche, pour parler à toute l’Europe de Paris, de son histoire et de son dessein : vers David Guetta.

 

 

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L’erreur et la laideur

Décidément, la République en Marche n’est pas simplement une erreur, c’est d’abord une laideur. Maintenant que tout son dispositif est en place et qu’on peut la juger non sur ses déclamations mais sur ses décisions, on s’aperçoit que son univers mental est celui d’un petit patron inefficace et débordé par son temps. Parmi ses premières mesures, celles en tout cas qu’elle a voulues exemplaires de son énergie, on note le rétablissement du jour de carence pour les fonctionnaires. C’est le type même de l’erreur et de la laideur. Erreur car cette mesure, sans le moindre doute possible, ne remplit aucun des objectifs qui lui sont assignés : l’économie pour les comptes publics est pour les plus optimistes sensiblement inférieure à 200 millions d’euros, autant dire négligeable ; l’effet sur l’absentéisme est semble-t-il indécelable ; la réduction de l’absentéisme d’une journée, quand elle serait avérée, n’aurait de bénéfice tangible que dans une société dont les modes de production sont ceux antérieurs à la révolution industrielle. C’est l’exemple même que la réforme pour la réforme omet de mentionner qu’une réforme peut avoir des effets nuls ou négatifs — vérité sans doute inaccessible à une pensée qui se veut complexe. En revanche, elle va rendre la vie difficile à des gens qui sont effectivement malades, et souvent mal soignés en raison des délais d’accès à l’offre de soin. Et si on lui reconnaît tous les effets bénéfiques escomptés, ce sera vraisemblablement au prix d’une propagation plus facile des maladies.

Alors à quoi diable sert-elle ? La réponse se trouve dans un livre paru au Royaume-Uni il y a quelques années, et qui analysait avec brio cette nouvelle façon de faire de la politique lancée par Tony Blair, marquée à la fois par une ambition absolument démesurée et des résultats globalement très négatifs. Elle vise en fait à détourner l’attention de ceux qui seraient en droit de demander des comptes sur les effets désastreux de politiques publiques qui sont parvenues à casser la reprise amorcée dès 2010 à la faveur de ce qu’on appelle les stabilisateurs automatiques, en désignant à une partie des victimes de commodes bouc-émissaires. Aux chômeurs et aux précaires, on désignera les fonctionnaires comme des nantis (les petits fonctionnaires bien sûr, car l’absentéisme à la Cour des comptes était un sujet de plaisanterie jusqu’au niveau du précédent chef de l’Etat); Aux petits fonctionnaires, on désignera les chômeurs (dont on ne cesse d’exiger le renforcement des contrôles et la baisse des droits); et aux chômeurs et petits fonctionnaires, lorsqu’ils seront dans la même salle, on désignera les immigrés ou les migrants. Réformer l’assurance chômage, bloquer les salaires des fonctionnaires : ces réformes presque annuelles n’ont pas d’autre vocation que de maintenir une domination en électrisant le débat public autour de victimes transformées en bouc émissaires, mais tout cela au niveau des classes populaires bien sûr, tant il est certain que notre élite ne peut se tromper.

Le débat sur les déficits publics n’a pas d’autre rôle dans le débat public. Si quelqu’un était vraiment préoccupé du niveau des dépenses publiques, il n’y aurait pas cette belle unanimité en faveur des jeux olympiques à Paris en 2024, alors même que toute l’expérience des précédents jeux olympiques montre un gaspillage effroyable d’argent public pour des motifs de pure vanité. Une seule décision suffirait à ne pas creuser le déficit de 15 milliards d’euros. Les mesures proposées par Emmanuel Macron en faveur du rétablissement des marges des entreprises, dont le coût pour les finances publiques est supérieur à 40 milliards et le bénéfice pour l’intérêt général impossible à établir fourniraient une autre possibilité bien supérieure à celle de la suppression de la journée de carence de peser sur la trajectoire des comptes publics. Est-ce seulement évoqué ? Payer les charges des entreprises à la place des entreprises semble être devenu une mission régalienne, bien davantage que de faire tourner ses services publics.

A rebours de tout le génie du XXème siècle, qui a trouvé dans l’élévation du niveau de vie des plus faibles, l’accroissement de leur loisir et de leur bien-être, l’orientation des politiques publiques vers le grand nombre, la source d’un enrichissement jamais vu dans l’histoire de l’humanité, le macronisme est un obscurantisme pervers qui vise à maintenir le parasitisme d’une classe inefficace mais contente d’elle-même. Il est donc une erreur et en même temps une laideur.

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L’ennui et la terreur

Est-ce moi ou bien la vie politique française n’arrive plus à produire qu’un radotage sénile ? Ceux qui ont assisté aux premiers jours du quinquennat Sarkozy, aux commentaires d’alors sur le signal donné par les Français par la majorité qui fut alors élue, à la très attendue arrivée d’une nouvelle génération au pouvoir , à l’inévitable bourdonnement sur la réforme urgente, et jusqu’à la béatitude attendue par l’ouverture (qui au moins nous valait alors des persiflages), ceux là auront un sentiment d’étrange similitude avec ce que nous vivons,  qui n’égale peut être que celle qu’on ressent en se souvenant des premiers jours du quinquennat de François Hollande,  qui nous valaient l’arrivée « surprise » de Yamina Benguigui au titre de l’exigence réglementaire de représentant de la société civile et celle Emmanuel Macron au titre du tribut obligatoire à la jeunesse. Le gouvernement au travail, la nécessité de la réforme, les nouveaux visages : tout cela correspond à un rituel très codifié auquel la présidence jupitérienne sacrifie avec une exactitude particulièrement chiante.

Peut-être que les amateurs de jeunes garçons auront relevé que le Sakozysme et le Hollandaisme qui en ont tant fourré dans les cabinets ministériels sont restés finalement bien sages quand on les compare au Marchisme qui les porte sur les bancs de l’Assemblée, mais il s’agit là d’une différence de degré et non de nature. Et on prie ceux qui donnent dans le panneau du renouvellement de vérifier qui en sont les victimes : ceux là mêmes qui sont nés de la dernière pluie. Rama chassée par Najat chassée par Marlène : pas un premier gouvernement d’une nouvelle présidence sans ses jupettes. Nicolas Princen chassé par Gaspard Gantzer chassé par Quentin Lafay :il y a plus d’ anciens espoirs prometteurs de la politique que de stars passées de la télé réalité.

Comme tout cela est indifférent ! Certes, nos rencontres sexuelles sont plus compliquées maintenant que les garçons passent sans attendre de la majorité sexuelle à la députation, de la puberté à un cabinet ministériel, et qu’ils vont nous fatiguer de leur béatitude d’être si jeune élu ou ministre alors qu’ils n’ont été choisi que pour être sûr qu’ils ne le soient jamais vraiment.

Sous cette écume, il y a bien quelque chose de nouveau, qui lui est franchement inquiétant : la mise à mort progressive de la démocratie tempérée à laquelle nous nous étions habitués. L’alignement de la durée du mandat présidentiel sur celui d’une legislature ; le rapprochement des élections présidentielles et législatives tout en faisant suivre les premières par les secondes ; l’interdiction du cumul des mandats pour saper la puissance locale des députés maires qui pouvaient faire entendre une voie différente dans une majorité, sûrs de leurs fiefs ou effrayés par les remontées de leurs électeurs ; et bientôt la suppression de la majeure partie de la taxe d’habitation pour rendre les élus locaux dépendants du bon vouloir central : tout cela marque un asservissement du législatif et un affaiblissement considérable de la démocratie. Ajoutez à cela une loi sécurité par an pour mettre tous les citoyens sous surveillance générale ; une prochaine loi sécurité pour pérenniser les mesures de l’état d’urgence et le dessein de faire passer une « évaluation » à tous les très hauts fonctionnaires pour s’assurer de la parfaite obéissance de l’administration : il y a de quoi trembler. Ah, mais j’imagine déjà mon lecteur hausser les épaules car enfin cet Emmanuel Macron a l’air bien sympathique — mais un système d’institutions ne se juge pas à l’aune de ce que peut en faire quelqu’un de gentil, il s’apprécie à la résistance qu’il peut apporter à quelqu’un de mauvais, et pardon mais je n’en vois plus guère.

 

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Le retour de Sarkozy ou le triomphe de le Maire

Qu’il me soit permis ici de disconvenir avec tout ce qu’on lit ailleurs sur les premières semaines de la présidence Macron. Apporter une nuance serait déjà un acte anti-républicain et un symptôme de démence, à en juger par le ton adopté par tous les commentateurs. Le président aurait ainsi imprimé un nouveau style ? Je vois moi qu’il s’est glissé dans l’habit introduit par Nicolas Sarkozy dès le jour de sa prise de fonction, comme l’avait fait avant lui Hollande. Un président, depuis Sarkozy, cela porte l’uniforme d’un serveur de chez Costes : costume sombre et cravate de la même couleur sur une chemise blanche. La ressemblance avec celui à qui vous commandez d’ordinaire un cheeseburger est bien plus frappante chez Macron que chez Hollande, car Hollande était vieux et gros, et choisir la même teinture pour ses cheveux et sa cravate ne suffisait pas à le faire oublier. Après avoir fait le tour de la France En marche! pour prendre la commande, il va nous servir les plats avant de nous apporter l’addition. Et comme les serveurs de l’Esplanade ou du café Ruc, il le fera en courant et montant les marches quatre à quatre de l’escalier : on dissertait sur la présidence jupitérienne et on a finalement un garçon de café.

Un garçon de café efficace, néanmoins. A peine le président américain a-t-il parlé son retrait de l’accord de Paris que le nôtre a réagi : il fait même le service de nuit, avec des accents sarkozystes tendance Guaino. Ce n’est plus l’homme africain qui n’est pas entré dans l’histoire, c’est l’homme américain qui vient d’en sortir. On loue son franc-parler devant Poutine, accueilli à Versailles et on oublie la vindicte qui aurait plu sur Hollande s’il s’était avisé d’inviter le président russe seulement à l’exposition Chtchoukine. A-t-on fait davantage pour un Président étranger depuis le séjour de Khadafi à l’hôtel Marigny ?

« Un médecin à la santé, une DRH au travail, une sportive aux sports, un écolo à l’environnement, (…) un geek au numérique, une « maman travaille » (sic) aux droits des femmes, une éditrice à la culture (…) C’était pas compliqué quand même » proclame un tract de la République en marche. Comment dire ? on hésite ici entre le corporatisme pensé par Pétain ou la situation de conflit d’intérêt que la loi annoncée de moralisation de la vie publique devrait interdire pour les parlementaires. Je ne vois pour ma part dans ce gouvernement, dans ces cabinets, que des Bruno Le Maire de tous âges. Ce qui a gagné le 7 mai, il faut croire, c’est le Mairisme.

 

 

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Le blé en herbe

Ainsi Macron a finalement réussi son coup. Pour nous de sa génération (ou presque), nos ambitions paraissent d’un coup bien timides. Pour les inspecteurs des finances aussi sans doute. Devenir sous-directeur a quarante ans n’a plus le même goût alors qu’on aurait pu etre président avec un an de moins ?
En outre, cette ascension fut particulierement douce. Emmanuel Macron a débarrassé la politique de tout ce aqu’elle pouvait avoir de pénible pour une ame lymphatique. La circonscription. Les instances du parti. Les secrétariats d’Etat de bizutage et les ministères anecdotiques. La lèche sur les plateaux de télé les soirs d’élections régionales. Et il est venu comme cela avec presque rien, pas meme un programme, juste des reunions tupperware relookées. Marron a fait a la politique ce que l’art contemporain a fait à l’art : s’épargner la virtuosité avec de l’entregent, remplacer le tour de main par le discours, troquer l’absolu pour le toupet et réussir en servant a tous les autres leurs idées en plus grand format.

Peut être s’est on trompé sur le compte du gaillard, et les suffrages valent peut être élection. De toute manière, l’homme qui exerce le pouvoir est un autre homme que celui qui le conquiert, exactement comme dans les choses de l’amour. Emmanuel Macron se fera peut être President. Les précédents de la cinquième republique ne lui mettent pas la barre très haut. Se rappelle-t-on comment l’élection de Mitterrand, de Chirac, de Sarkozy et de Francois Hollande ont paru en leur temps impossibles ?

Macron, hélas, propose des moyens incertains pour des fins confuses. Sa première réforme sera pour le marché du travail, pour réduire la rigidité du code du travail au nom de la lutte contre le chômage. Rien dans la littérature économique ne permet de justifier ce raisonnement et le fameux modèle allemand devrait suffire à nous débarasser de cette idée fausse mais l’avis du MEDEF fait autorité académique en France. On s’amusera de la cohérence d’un programme qui entend en même temps aligner les règles relatives a la retraite dans toutes les professions  et désaligner celles relatives a l’activite professionnelle dans des négociations par entreprises ou par branches. Mais surtout, comment diable peut-on faire avaler, sans le moindre argument valable, le plafonnement des indemnites pour licenciement sans cause réelle et sérieuse ? Personne n’a donc pleure devant Philadelphia, ce film sur la bataille d’un avocat renvoyé par les associés de sa firme lorsqu’ils decouvrent son homosexualité et son sida ? Qu’est-ce qu’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, si ce n’est pas cela? On est a mille lieux des class actions et des dommages punitifs qui paraissaient autrefois le nec plus ultra de la réforme du droit.

Accordons lui credit qu’il il peut mûrir la dessus. La seconde moitie des précédents mandats présidentiels a generalement été consacrée à défaire ce qui avait tant occupé la première partie . De ces expériences nous avons surtout appris que plutôt que la solitude  de la decision dont le candidat nous a rebattu les oreilles lorsqu’il évoquait son rôle jupiterien et son lien mystique, ce qui fait la valeur d’un president est la qualité des personnes dont il s’entourera et son discernement dans leur choix, puisqu’il n’aura pas le temps de rien approfondir. Les confidences bien étalées de Francois Hollande ou de Nicolas Sarkozy ont assez montré à quel point ils sont passés à coté du monde. Ce qu’on vu des proches de Macron n’augure rien de bon, ce qui était déjà le cas de ces loups isoles de Nicolas Sarkozy et Francois Hollande qui n’ont pu s’ntourer que de gens douteux (qu’il suffise de voir ceux qui ont eu a maille avec la justice) qui n’ont d’ailleurs eu de valeur sur le marche secondaire que lorsqu’ils ont été recases par la force publique.

Tout cela est important, mais bon on admettra que la globalisation nous epargne de trop nous soucier de politique nationale. Revenons a l’histoire en ce qu’elle a de personnel, d’anecdotique dirait Attali.

Comme elle est belle et comme elle fait pâlir la notre a cote ! je ne parle pas de celle d’Emmanuel, mais celle de Brigitte. Cette femme qui devait dire à l’adolescent aux yeux bleus qui soupirait apres elle qu’il doit cesser de faire l’enfant, que sa passion ne durera pas, que la vie dont il rêve ne sera que clandestinité ; cette femme qui lorsqu’il déblouclait sa ceinture devait redouter le renvoi et la procédure judiciaire ; cette femme qui a des souvenirs si analogues à ceux qu’on ne racontera jamais, est desormais la première dame.

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