Pour en finir avec Fillon

La droite française ne voit-elle pas qu’elle va sombrer avec Fillon, si elle continue de le maintenir comme candidat à l’élection présidentielle ? Tous les arguments qu’elle déploie pour essayer de la sauver de son juste sort sont autant d’atteintes durables à son image et à celle de ses représentants. Il est triste de devoir le dire, mais la défense choisie par Fillon l’aura définitivement disqualifié avant même les faits qu’on lui reproche. D’abord son refus de s’expliquer. Passe encore qu’il présente l’emploi de son épouse à la Revue des deux mondes comme une question privée dont il n’a à s’expliquer que devant la justice ; mais comment peut-il prétendre briguer un mandat électif alors même qu’il refuse de rendre compte, même sommairement, du bon emploi qu’il a fait de l’argent public qui lui a été confié ? L’argent qu’il a utilisé pour rémunérer son épouse n’est pas, me semble-t-il, un revenu universel donné sans contribution attendue; et on n’attend d’ailleurs pas de celui qui en décide l’usage non seulement qu’il rémunère un service réellement effectué, mais qu’il le rémunère au bon prix.  Car s’il a payé trop cher son épouse, il s’est alors privé de la possibilité d’embaucher un autre assistant parlementaire : certes il n’aura pas dépensé plus que son enveloppe, mais du coup l’efficacité de son travail s’en est trouvée amoindrie; et l’emploi fictif est alors à chercher de son propre côté !

Du reste, Fillon a sans doute involontairement donné une idée de la rémunération maximale qu’il était prêt à donner à un assistant parlementaire, soit environ 1900 euros, en payant ainsi celui qu’il a ensuite choisi de faire son suppléant (on est ici pratiquement dans une expérience que les économistes appellent de révélation des préférences); Chacun mesurera donc l’écart entre ce prix maximal et celui qu’il a consenti à son épouse.

Deuxième erreur disqualifiante : avoir systématiquement menti dans ses très courtes interventions sur le sujet. Date de l’entrée en collaboration; justification de l’emploi de ses enfants, fait extérieur censé démontrer son absence d’appât au gain (le fameux compte unique à Sablé) : tout cela était faux et a été pourtant assené les yeux dans les yeux. Sans parler des serments de ses lieutenants, l’un témoignant du travail intense mené par Pénélope à Sablé sur Sarthe, l’autre jurant qu’elle était omniprésente à l’Assemblée. Comment ces élus pourront se justifier plus tard de tels faux témoignages devant leurs propres électeurs, s’il apparaît que Pénélope n’a effectivement travaillé pour son mari ni à Sablé sur Sarthe ni à l’Assemblée, comme elle l’avait jusqu’alors toujours affirmé elle-même ?

Troisième erreur disqualifiante : avoir affirmé sans ciller qu’il ne se retirerait que s’il était mis en examen. Mais attend-on d’un homme politique uniquement qu’il n’ait pas enfreint la loi ou qu’il n’y ait pas d’action publique menée pour le vérifier ? Comment ne voit-il pas que cela revient à affirmer que le candidat à l’élection présidentielle ne doit avoir aucune moralité ? Pardon, mais non. Le Président de la République n’est pas un expert. Ce n’est pas un technicien. Il disposera des moyens techniques de l’Etat et de tous les conseils supérieurs du numérique, de l’économie, de la société, du foutre et des stagiaires de sciences po qui sucent pour éclairer ses choix mais à la fin ce qu’il doit proposer et ce pour quoi il doit être élu ce sont des valeurs et des fins. Or si vous prenez le programme de François Fillon vous avez un bric à brac de mesures qui techniquement sont impropres à réaliser l’objectif qu’elles sont censées réaliser et l’affirmation de valeurs et de fins que beaucoup de monde s’est plu dans les derniers jours à opposer à ce qu’il avait fait pour sa propre satisfaction. Jamais le risque de faillite de la France ne semble avoir fait trembler sa main quand il s’agissait de faire un chèque à Pénélope tiré sur des fonds publics. Il est grotesque de prétendre à présent imposer des efforts aux autres.

Le retrait de Fillon ne sera pas un drame. Nous avons assez vu ce dont il était capable quand il a été premier ministre. Au moins la pétarade d’enrichissements douteux  (hem, René Ricol, ce n’est pas celui qui avait été nommé médiateur du crédit sous le gouvernement Fillon ?) que l’on découvre jour après jour sur son compte ne nous vaudra plus de rougir lorsqu’on nous parlera de notre pays, à nous qui n’y vivons plus.

 

 

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Lagaffe 2.0

Ainsi donc notre vie politique est devenue follement digitale, on y tweet à tout va au prix de milles boulettes mais avec une parfaite insouciance car dans ce monde numérique tout est absous par le bouc émissaire 2.0 : le  community manager. Cette profession n’a même pas  encore de nom dans notre langue alors que sa prononciation avec notre accent est épouvantable  mais personne ne s’aurait plus s’en passer, ne serait-ce que comme sauf conduit . Le premier ministre Bernard Cazeneuve salue la vigueur avec laquelle on fesse telle jeune femme sur un site spécialisé ? Oh mais ce n’est pas lui, c’est son community manager qui a trahi son goût pour les châtiments polissons. Emmanuel Macron tient en ligne et en marche des propos douteux sur les DOM TOM ? Il n’y est pour rien, c’est son community manager qui ventriloque sur le net les péroraisons du maître . La transcription en ligne sur le compte officiel du discours des voeux du Président de la République est truffée de fautes consternantes ? On souffle aussitôt depuis le Palais que cela ne peut être dû qu’au community manager présidentiel.

La parade est du niveau des trois hommes politiques en question, c’est à dire médiocre. Car enfin chacun imagine bien que le ministre, le candidat ou le président n’écrit pas lui-même sa communication sur les réseaux sociaux et qu’il la confie à un tiers; mais enfin ils n’écrivent pas davantage leurs discours, leurs affiches, leurs propositions de loi , leurs programmes et leurs promesses dont on les tient pourtant j’espère encore responsables. Le point commun à ces trois galopins, qui les distingue sûrement du reste d’entre nous, n’est-il pas d’ailleurs précisément qu’ils ne font quasiment rien eux-mêmes ? Nous leur payons une administration ou finançons une équipe de campagne – On aimerait donc qu’ils la dirigent et s’assurent à tout le moins de son correct fonctionnement. On se doute que dans la situation de plein-emploi   que connaît la France grâce à la sage politique économique conduite par Emmanuel Macron sous l’autorité de François Hollande, l’Elysée ne parvient plus à recruter pour ses services des collaborateurs sachant écrire le Français, et pas même lorsque leur presque unique occupation consistera à écrire en français (comme on l’imagine du préposé aux tweets présidentiels), mais tout de même, on aurait aimé à tout le moins que Gaspard Gantzer regarde un peu ce qui sort de chez lui plutôt que nous regarder de haut.

Mais au delà  de la triple pantalonnade, quelques petites remarques tristes.

  1. François Hollande aura donc tout raté, y compris son départ. On sait à quel point il a concentré toute son action, toute son idée de sa fonction et de la France dans le débitage de discours. De toute cette logorrhée pesamment conçue par des énarques pourtant, il ne restait à ce jour pas une seule phrase, pas même un bon mot, rien. Voilà qu’avant de partir, il nous offre comme seul dernier éclat une pétarade de fautes grossières.
  2. Le point précédent est encore flatteur. Celui qui lira le texte du discours de François Hollande après l’avoir passé au correcteur orthographique pour enlever ce qu’on doit au service de Gaspard Gantzer pourra en mesurer la vraie valeur. « Parallèlement (sic), le progrès social (sic) n’a pas arrêté sa course (sic). Le socle est là (sic, je vous jure) et les bases sont solides (sic, hélas) » Comment peut-on écrire comme cela ? Est-ce donc cela, le style ENA qui unit Hollande, Jouyet, Macron et Gantzer ?
  3. On mesure aussi mieux l’écart de méthode (ce thème préféré des journalistes politiques) entre François Hollande et Emmanuel Macron. Emmanuel Macron est celui qui toujours se dédouane en montrant quelqu’un d’autre. Un papier grotesque dans Paris Match ? C’est sa femme qui n’a pas l’habitude de la presse. Une politique qui n’a pas eu de résultats ? C’est le Président de la République qui ne lui a pas laissé faire et le système qui est à bout de souffle. Un tweet content de lui-même commet un impair ? C’est – quel courage – quelqu’un de son équipe et lui-même a un alibi. Emmanuel Macron n’est  jamais responsable, mais il a toujours le nom du responsable – ce qui est peut-être un talent, au fond, et en tout cas la figure rhétorique permanente du populisme. François Hollande, lui, n’en est même plus là: il ne rejette même plus la faute, car il ne la voit plus. N’importe quel autre président, je suppose, serait confondu par cette accumulation de fautes, présenterait des excuses et montrerait sa consternation en faisant tomber la tête de son conseiller en erreurs de communication, Gaspard Gantzer. François Hollande, lui, reste comme il a toujours été: content de lui.
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Laideur de l’Hidalgoguisme

Les parisiens sont devenus tellement provinciaux qu’ils n’ont pas vu que leur ville était devenue provinciale. La France avait connu pendant des heures noires la capitale déplacée à Vichy : Delanoë et Hidalgo auront réussi en quelques mandatures à installer Vichy dans la capitale. N’est-ce pas exactement le sens de la dernière manie de la mairâtre, le locavore : fermons-nous au monde et à tout ce qu’on ne peut attendre facilement à pieds ? La ville est si triste depuis qu’on a explulsé de son coeur les étudiants, la culture, la nuit et les services publics  essentiels et que n’y sont plus autorisés que les chaînes et les idées fausses. A peine se rassure-t-on par les bulletins de pollution et par la saleté administrée qui nous servent, à défaut de tout le reste, de métonymie pour une capitale défunte (on serait donc bien dans une agglomération de douze millions d’habitants ?) , mais la vérité est que tout ce qu’on a aimé de Paris on le trouve désormais ailleurs, dans des villes qui ont suivi son modèle avant qu’il ne soit gauchi.

Le bilan est épouvantable, et c’est pour cela qu’il n’est présenté qu’en chiffres. Tenez, on a bien fait croître le nombre de touristes, n’est pas la preuve de l’attractivité de la ville ? Mais qui se vanterait de faire venir trois fois plus de sauterelles sur son champ ? Le musée du Louvre bat tous les records, ce qui veut dire qu’on la transformé en ce qu’on sait faire de mieux, une gare de RER bondée. La passion de la gauche française pour le touriste qui est une charge nette pour la collectivité en épuisant les infrastructures et les services qu’il n’a pas financés est aussi mystérieuse que sa haine du migrant, qui est toujours et partout un supplément de croissance (ne parlons pas en termes moraux ou d’honneur, on discute ici de la politique française). D’ailleurs Ségolène a été encore une fois royale en prétendant démontrer l’absence de dictature à Cuba par…le nombre de touristes qui y viennent. Qui n’a vu que c’est exactement la même phraséologie que celle d’Anne Hidalgo pour faire taire ses opposants ?

Il y a de plus en plus de monde à Paris : comment pourrait-on y faire de la mauvaise politique donc ? Et pourtant, on voit bien que personne ne sait quoi faire de ce monde – du coup la seule ambition urbaine de cette administration est de le faire circuler. Donnons lui des vélos plutôt que des bancs, des voies plutôt que des salles de concerts, des baraques à frites plutôt que des grandes écoles, des espaces « piétonnisés » plutôt que des conservatoires, des zones à trente kilomètres heure plutôt que des stades. Même sur cette ambition, il faut reconnaître qu’on est resté dans l’apartheid, car tout trajet qui vous emmène ou vous ramène d’au delà du périphérique est devenu un enfer.

Et qu’a-t-on fait du centre,  où tout converge, de cette vulve de la ville qui doit tout enfanter ? La gauche a répondu : Un centre commercial recouvert d’un voile, la canopée. Un centre commercial ! 12 millions de personnes dans l’agglomération et des moyens de transports certes hérités d’un autre temps permettant d’y accéder de presque partout, y compris de zones défavorisées et qu’y met-on ? des boutiques Pimkie et Zara et des restaurants infects. Ailleurs on mettrait un opéra et des salles de concerts, un musée, un geste architectural. La gauche inique y fout un centre commercial. A force de vivre à Paris on va finir par sentir la frite.

Vichy me semble donc finalement une mauvaise image, car nous n’avons ni les bains ni l’agrément. Le visage de cette ville qui fut autrefois belle – d’une beauté qui a été presque entièrement fabriquée il y  a  moins de deux cent ans, ceci dit – ressemble de plus en plus à celui d’Anne Hidalgo : une vieille drag queen démaquillée.

Les voies sur berges, qui n’ont qu’un intérêt très limité car on ne se baigne pas dans la Seine et il y pleut trois jours sur quatre, fournissaient une solution – qu’on peut discuter, mais enfin c’en était une –  aux problèmes de circulation inévitables pour la capitale, et voilà qu’on a déporté la circulation sur des boulevards en haut des quais, ceux qui auraient pu fournir la promenade arborée si célèbre dans le monde. Pendant qu’on circulera sur les voies sur berges devant une eau interdite et sale, les camions Pimkie rouleront devant le Louvre et l’Académie.

Voilà que la plupart des parisiens payent des sommes absurdes pour se loger dans une ville qui ne compte plus : on pourra discuter à l’infini du coût du travail et de la parade soviético-medef de collectivisation des engagements des employeurs — le patronat français est aussi constant dans son inefficience que dans sa demande de ne pas payer ses salariés. Cela ne méritait qu’un haussement d’épaules mais las, Manuel Valls et Emmanuel Macron en ont fait le nouveau coeur idéologique du Parti socialiste — tout cela est de fait négligeable au regard de l’effet des politiques du logement menées avec un systématisme ombrageux par la gauche et les verts contre toute la littérature économique qui leur promet un effet de renchérissement des prix et réduction de l’offre. Pour ces loyers qui nous rendent abordables une expatriation en Suisse ou en Grande-Bretagne nous avons des tuyaux d’eau en plomb, des canalisations de gaz qui fuient, une rue dont on coupe l’éclairage la nuit par un involontaire hommage à Alphonse Allais, un métro inaccessible en cas de blessure ou de handicap et sur-saturé de particules fines et quarante-cinq minutes de transport pour écouter  de la musique quand on vit au centre.

Ne pleurons pas : nos amis sont partis de France et nous avons cent petits Paris qui ont poussé dans le monde depuis où nous retrouvons les sensations si fortes de notre enfance parisienne : la boulangerie de Madame Marcelle avec ses fourmis dans les pains chauds ; l’école primaire et ses grandes fenêtres à carreaux, les cafés en terrasse par des garçons qui sont toujours en train de finir leur service et doivent nous encaisser ; l’époque où le steak frites avait un goût de steak frites et où, avec son traitement de normalien, on pouvait se loger dans cinquante mètres carrés en plein centre et sortir dîner tous les soirs. J’imagine que la nostalgie est inévitable et que les minets de vingt ans qui viennent dîner à notre table, lorsqu’ils auront trente ans, vous diront que cette époque est ce qu’ils ont connu de meilleur. C’est probable, mais je crois bien que personne ne les écoutera, car cette époque n’aura rien produit qui intéressera les futurs minets. Le point commun entre Ian Brossat, Anne Hidalgo et les bobos, c’est précisément la totale stérilité, l’absence de tout matériau nouveau sur lequel accrocher une nostalgie. Jamais avant n’avait-on, je pense, construit une idéologie et un art de vivre sur le refus complet d’inventer quelque chose et de ne faire que du recyclage. Parce que l’idéologie Hidalgo-bobo-brossarde n’est au fond elle-même qu’une nostalgie controuvée, elle n’aura aucun avenir et ne nous laissera aucun souvenir, uniquement des dommages.

 

 

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Reflexion primaire

On sait tout le mal que je pense du mécanisme des primaires. Il paraît que l’on doit cette ignominie à Olivier Duhamel, qui a ainsi bien mérité l’indignité nationale en plus du mépris que lui valait déjà son état de professeur de droit constitutionnel. Professeur de droit constitutionnel ? la bonne blague. Une sorte d’avant retraite pour étudiant en droit peu doué, légèrement hâbleur, et voulant jouir sans trop le montrer d’une fortune gagnée par un mariage ou un héritage. Le professeur de droit constitutionnel a des vestes moutarde, des chemises impossibles, des idées lourdes et une conversation usante. On raconte même à l’Université que le dîner de cons a été inventé pour eux par les professeurs de droit pour amuser leurs agapes d’un invité ( le con-stitutionnaliste) dont la courte vue systématique et le hors de propos inévitable apportaient un peu de rafraîchissement entre deux conversations sérieuses.

Toujours est-il qu’on aurait dû tirer les conséquences des deux précédentes primaires de la gauche, qui ont abouti à faire s’annihiler les meilleurs candidats acceptables pour des candidats seuls, racontant n’importe quoi au gré de leur inspiration, entourés d’une clique de mouches incapables de produire autre chose que du bourdonnement et des gaffes. On devrait présenter à Olivier Duhamel la facture de Ségolène Royal et de François Hollande et lui demander de retourner à son commentaire de l’article 16 de la constitution. La primaire de la droite qui vient de s’achever a fourni un autre exemple, avec cette épouvantable surenchère presque quotidienne de propositions iniques et absurdes qui ont dégradé à jamais l’image personnelle de tous les candidats et ont lesté le vainqueur d’une collection de promesses casseroles dont personne ne sait s’il se remettra.

A peine engagée, la primaire de la gauche nous vaut…eh bien exactement ce que fait la gauche depuis que les intellectuels et les ouvriers l’ont désertée et qu’il n’y reste plus que des demis-mondaines, les mauvaises passives de l’équipe d’Anne Hidalgo et des pédés underage conseillers de communication ou parlementaires  : une alternance entre du Bernadette Soubirous et du Benito Mussolini. Entre Emmanuel Macron regardant le ciel les bras écartés en attendant de recevoir l’esprit saint et Manuel Valls claquant la botte et la mâchoire en signe d’Exigence. Le mysticisme ou le molletisme, en somme. Nous n’avons pas encore les programmes, nous les aurons avant le vote (il semble que la gauche ait abandonné le principe d’adopter le programme séparément de son candidat à la Présidence de la République, malgré le conseil d’Olivier Duhamel et l’opposition de Geneviève de Fontenay qui trouvait qu’alors la primaire ressemblait trop à son élection de Miss France). Ces programmes seront désolants sans doute, mais dans notre peine nous pourrons toujours rire des boulettes des candidats – la promesse de suppression du 49.3 de Manuel Valls (rires), le salut d’Emmanuel Macron aux expatriés en Antilles (rires) que l’on est prié d’absoudre a au motif qu’elles seraient dues au community manager — sans préciser que le community manager finira sans doute secrétaire général de l’elysée si le candidat gaffeur est élu.

On espérait tenir au moins un avantage du mécanisme des primaires qu’il élimine les candidats recalés, au moins ceux dont les résultats sont pathétiques; mais non. Un trois pour cent lors d’une primaire donne droit à devenir premier ministre. Un deux et demi et vous voilà en piste pour un portefeuille ministériel. On est loin des primaires américaines où le second disparaît généralement de la vie politique alors qu’il a obtenu un pourcentage  vingt fois plus élevé. Sarkozy et Juppé se sont retirés, certes. Mais pas les mouches. On aurait trouvé une vertu de la primaire à droite si Bruno Le Maire, ramené à sa juste valeur qui est nulle, en avait tiré les conséquences. Le voilà chargé des affaires européennes de François Fillon et le deuxième homme sur les photos – l’opportunisme, c’est Bruno. Notez tout de même que ces affaires européennes, à droite et à gauche, sont généralement l’endroit où l’on met les ambitieux pénibles qui ont montré une totale inefficacité (souvenez-vous de Jouyet et plus récemment de Moscovici). Je note qu’un tweet récent d’un de ses affidés parlait du lancement d’une réflexion sur ce qu’il fallait prolonger après cette campagne, sous le terme Le Mairisme. Mon avis est que s’il y a quelque chose à chercher dans ce domaine, c’est plutôt du côté de Jean-Vincent Placé. Ou de Ségolène Royal en 2007 avec sa parole mythique sur les toits de Solferino après sa défaite : « quelque chose s’est levé qui ne s’arrêtera pas » que certains commentateurs ont interprété comme une allusion à DSK. A défaut de produire de bons candidats, la primaire n’a donc même pas l’avantage de nettoyer les camps des très mauvais.

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Emmanuel Madoff ou Bernard Macron

Tenez, je comptais bien écrire un billet pour montrer, avant que vous ne le réalisiez vous-même, que la bulle spéculative Macron, presque aussi gonflée que gonflante, était du même ordre qu’une escroquerie à la Madoff, ce fameux jeu de Ponzi qui consiste à taper cent balles à un idiot contre la promesse de lui verser le double le lendemain, qu’on ne lui donnera évidement pas puisqu’on lui promettra à la place un nouveau doublement de sa mise. Or, qu’a fait Emmanuel Macron depuis qu’il est entré dans la vie publique ? Il a toujours promis le double lorsqu’on s’inquiétait de son absence de résultat. Promesse du changement, c’est maintenant, quand il écrivait le programme du candidat Hollande. Programme pas tenu, pas terrible, peu importe : quand on aurait pu se demander si finalement tant de prétendue intelligence et de capacité de travail n’avait rien sorti de bon, on nous a promis qu’on allait voir ce qu’on allait voir, puisque d’homme de l’ombre il allait devenir ministre. C’était en 2014, et deux ans plus tard, on en est à forcer les inscrits à pôle emploi à suivre des formations en ébénisterie sur contreplaqué pour inverser une putain de courbe rebelle à toute cette mécanique intellectuelle qui embrasse son époque et l’avenir.

On allait donc s’aviser de demander son compte au ministre de l’économie et paf! il s’en va pour nous dire que non, le moment de l’addition n’est pas venu, et que s’il passe président, nous n’allons pas recevoir une inversion de la courbe du chômage, non, nous n’allons pas recevoir un retour de la croissance, non : c’est promis, nous aurons bien mieux que tout cela, nous aurons une refondation. En marche, donc, mais comme tous les bonimenteurs, il se gardera bien de vous dire vers quoi. Et d’ailleurs, pourquoi le ferait-il, puisqu’il s’en remet entièrement à vous pour trouver le moyen d’honorer sa promesse ?  Voilà tout le génie du mouvement En marche, c’est qu’il dispense d’avoir du génie, puisqu’il suffit de tendre le micro. Dans quelques mois, comme les riches new yorkaises qui ont perdu leur argent avec Madoff en même temps que leurs illusions , même Catherine Nay se demandera comment elle a pu accorder du crédit à quelqu’un qui, se présentant comme intelligent, comme ayant écrit un programme présidentiel dont il a participé à la mise en oeuvre, comme ayant été au coeur de toutes les décisions essentielles pendant presque cinq ans et ayant disposé à ce titre e toute la capacité d’information et d’analyse de l’appareil d’Etat, n’est parvenu qu’à une seule idée : demander quoi faire à tout les autres?

Mais bon, ce n’est pas ce billet ci qui m’excite vraiment, vous le verrez bientôt.

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La tribune qui dévoile

Le Conseil d’Etat a heureusement mis fin à un abus qui risque de dégrader durablement l’image de la France. Enfin, espère-t-on, arrêtera-t-on de voir l’image glaçante de femmes forcées de se déshabiller sur la plage par des policiers en tenue, parfois armés. Il y a mille bonnes raisons d’être contre le burkini — et, avouons-le, mille autres de le défendre, au nom des mesures d’hygiènes rendues indispensables par la saleté de l’eau à Villeneuve-Loubet ou de la protection nécessaire de la peau contre le soleil, mais je n’en vois aucune qui justifie de l’interdire, si on conserve un rien d’attachement à la notion de liberté publique qui ne survivra probablement pas à la prochaine élection présidentielle. Vous êtes contre l’excision mais voulez-vous verbaliser les femmes excisées ?

Le débat sur le burkini a d’ailleurs malheureusement peu d’intérêt. Il nous a fallu plus de deux cents ans pour dégager les précieuses notions de liberté individuelle, de vie privée, de droits fondamentaux et les étendre à tous les aspects de la vie humaine dont très récemment la sexualité et l’amour pour qu’on n’ait pas envie de repartir à l’état du raisonnement du milieu du seizième siècle. Après tout, il existe (encore) une offre raisonnable de pays dans lesquels on n’a pas à trembler de tomber sur un voisin ou un maire analphabète en matière de liberté. Or c’est bien l’état d’esprit général de vos concitoyens, leur culture et leur éducation qui vous protège contre le développement de l’arbitraire, car une loi se change trop facilement.

Pas seulement l’état d’esprit de vos concitoyens, du reste : celui de vos hommes politiques aussi. J’espère que les historiens du futur attribueront correctement la crise politique que nous connaissons à sa cause majeure qui est la mauvaise qualité du personnel politique. Fut-elle légèrement meilleure et Manuel Valls eût été impossible. Son score à la primaire socialiste suffit à indiquer quelle devrait être sa juste place. Je crois d’ailleurs qu’il est le premier conscient de ses immenses limites, et que son caporalisme en est la conséquence directe.

Le voilà qui juge bon de publier une tribune pour réagir à la décision sus-mentionnée. En France, gouverner c’est en effet déclarer (et présider, c’est être filmé). Et, hélas, ce que Manuel Valls laisse entrevoir de lui dans cette tribune est consternant.

Premier point : il indique que l’ordonnance du Conseil d’Etat n’épuise pas le débat sur le burkini. Certes, mais qui en doutait ? Quelle est donc cette République dans laquelle on pense que le juge tranche les débats ? Et toute la tribune poursuite dans cette veine, comme si Manuel Valls était incapable d’imaginer que tout ce qui le gène ne doive pas être interdit par la loi. « Je veux répondre clairement : dénoncer le burkini,ce n’est en aucun cas mettre en cause une liberté individuelle. » Pardon mais 1) qui en doutait ? et 2) Est-ce là le problème ? Les arrêtés des maires ne dénonçaient pas le burkini, ils le rendaient punissable. J’avoue être heureux de ne plus vivre dans un pays où le premier ministre ne mesure pas cette différence. « Une vision que je n’accepte pas » (passons sur le fait que le texte étant mal écrit, on devrait lire exactement le contraire de ce qu’il veut dire mais sans doute personne n’a eu le temps de faire la consolidation du paragraphe), c’est fort bien, mais heureusement, ce n’est pas une source de droit.

Il semble que Manuel Valls ait eu conscience, à ce stade de son propos, que tout se mélangeait dans sa tête, et il tente de se rassembler : « Car il faut faire une distinction très claire. C’est, je crois, la clé du débat. » On va voir ce qu’on va voir.

« Le burkini n’est pas un signe religieux, c’est l’affirmation dans l’espace public d’un islamisme politique. » Drame. Car si c’est le cas, la seule raison invoquée par les partisans des arrêtés anti-burkinis tombe. Le burkini n’est pas un signe religieux, donc en quoi est-il contraire à la laïcité ? Et s’il est l’affirmation « dans l’espace public » d’une revendication « politique » il est manifestement arbitraire de le réprimer. Qu’est-ce que la tribune de Benito Valls, précisément, à la part l’affirmation « dans l’espace public » d’une revendication « politique » ?

Mais si notre nominaliste premier ministre s’est peut-être contredit dans sa définition du burkini, il devient franchement hilarant dans son explication du mot burqa, « un mot qui dit bien ce qu’il veut dire » (sic).

Le reste déverse la phraséologie habituelle d’un caudillo au petit pied, une énumération ombrageuse et hautaine de ce qu’il n’accepte pas au nom de concepts fumeux qu’il se gardera bien d’expliciter et la classique dénonciation nationale et désormais socialiste du parti de l’étranger. Sans doute ne s’est-il pas complètement relu lorsque, par une mystérieuse éclaircie, il évoque « l’exigence, aussi, de ne jamais imposer ses croyances ou ses pratiques à l’autre » mais il faut dire qu’on se demande, dans les deux derniers paragraphes, ce qu’il veut dire à la fin, signe que c’est bien du Manuel Valls.

Sans doute, dans quelques temps, on aura interdit à la fois le burkini, la défense du burkini, la contestation de l’interdiction du burkini voire le mot burkini lui-même ; on aura fiché S tous ceux qui menacent le « Pacte Républicain » et sapent l’autorité de l’Etat en commentant une tribune du premier ministre pendant l’état d’urgence. Les débats de société qui occupaient autrefois les cafés et les dîners se tiendront dans les tribunaux, et on consultera chaque matin le journal officiel pour déterminer ce qui est conforme à notre « identité [que] nous devons tous défendre ».

 

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Le dernier métro

De toutes les choses que je vais quitter en m’expatriant, le métro est sans doute celle que je regretterai le moins. Cela me semble curieux d’écrire cela tant j’ai aimé l’utiliser quand j’étais enfant. Petit, j’aimais tout dans le métro : son odeur (dont la formule, depuis révélée, me soulève aujourd’hui le coeur), sa température très prévisible (qui, avant la suppression des portes d’accès, était toujours bien plus agréable que celle de l’extérieur, chaleureuse en hiver et rafraîchissante en été), ses bruits caractéristiques (que j’avais tous décomposés, étudiant avec minutie leur cause et leur enchaînement, leur rythme et leur couleur), ses panneaux (je me souviens avec émotion de l’introduction d’une nouvelle typographie, que je jugeais merveilleuse), son esthétique de carreaux blancs ou bleus, l’équipement ferroviaire et les milliers de pièces qui composent les voitures, qui chacune ont fait l’objet pour moi d’une attention scrupuleuse pour parvenir à en constituer le catalogue – mental – le plus complet. J’étais un voyage sur deux derrière la vitre du conducteur, à noter chacun des boutons qui s’éclairait, la disposition des différents instruments de conduite, l’enchaînement des signalisations : trois points blancs, double panneau bleu et orange, les énigmatiques comptes à rebours ou symboles peints sur les murs des tunnels. Je n’imaginais pas carrière plus passionnante que celle de conducteur, et je demandai bien sûr un train électrique à mes parents, que je m’employai à rendre le plus proche possible d’un métro.

Aujourd’hui, un déplacement en métro est pour moi, outre une contrariété, une humiliation quotidienne. La station qui dessert mon domicile présente deux lignes qui se croisent sur le même quai central, et voilà bien près de trois ans que, y arrivant le matin, je constate à chaque fois que je viens de louper le métro que je souhaitais prendre , alors qu’arrive exactement au même moment que moi sur le quai celui de la ligne qui ne m’intéresse pas. Et que je vais devoir attendre, ratp dixit,  au moins dix minutes le prochain convoi qu’il me faudra en outre partager avec la foule déposée par celui qui ne me concerne pas. Le libre jeu des probabilités ne produirait pas un résultat aussi systématique (et parfaitement symétrique, puisque si je m’aventure à vouloir emprunter l’autre ligne, je subis exactement le même sort) et d’ailleurs vérifié au retour, puisque je n’ai jamais pu faire autre chose en revenant du bureau que de rater ma rame.

Peut-être n’aurais-je pas noté cet endurcissement de la régie autonome à me nuire, si l’intervalle entre les trains qui desservent ma station ou celle de mon bureau était raisonnable, alors qu’il est parfaitement extravagant. J’ai vu des jeunes gens à qui la même mésaventure que moi arrivait pleurer devant le départ du train en pensant à l’éternité qu’ils allaient devoir passer à attendre le suivant. Passé dix huit heures, l’intervalle est celui d’un train de montagne, et j’ai vu des gens partir au restaurant pour occuper leur attente.

C’est devenu une vieille plaisanterie de parisien d’ailleurs de dauber sur la nullité du service rendu par cette ligne. Je me souviens d’avoir rencontré un soir, lors d’un dîner, quelqu’un qui s’est présenté comme directeur de l’exploitation de la RATP. Je lui fis part de mes récriminations sans trop d’illusion, et il m’expliqua que le problème est bien connu à la régie, puisqu’il résulte d’une décision :sur l’une des deux lignes, on a mis tous les conducteurs qui ont des troubles psychologiques, et sur l’autre, tous ceux qui sont syndiqués. On a ainsi concentré les problèmes et immunisé le reste du réseau. Du reste, on aurait pu s’en doute, puisque ces deux lignes sont systématiquement très ralenties dès lors qu’il y a un mouvement social, même minime; et incroyablement rapide et fréquente dès lors qu’on annonce leur trafic perturbé, sans doute parce qu’alors, un des chefs regarde si personne ne dort.

A la fin de tout cela, on obtient une sorte d’heure de pointe permanente ; j’ai beau partir à une heure tardive de chez moi, je suis quand même serré par toute sorte de voisine au sac à main aussi moche que contondant ou par un lecteur ombrageux de la presse quotidienne gratuite. Je laisse passer parfois trois ou quatre rames en attendant celle qui arrivera, presque vide, à la faveur d’une « régulation » du trafic qui ne produit que des arrêts à quai et et des intervalles absurdes, trop longs ou trop courts.

J’ai découvert récemment que la RATP était dirigée désormais par une vieille dame, de l’âge des plus jeunes admiratrices d’Emmanuel Macron. Elle annonçait le recrutement de centaines de développeurs pour permettre à la RATP de proposer des applications. Et moi qui pensais qu’elle était chargé de nous transporter. J’imagine tous les soirs l’augmentation de mon bonheur si cette dame s’était avisée de recruter des conducteurs. Comme dans les phrases creuses de son ministre préféré, qu’il boursoufle en y logeant le mot innovation, la directrice générale de la RATP veut ubériser la régie, mais à sa manière : nous aurons l’application, mais hélas pas les conducteurs.

Je crois pouvoir témoigner que le fonctionnement du métro parisien n’a pas toujours été aussi dégradé (et je n’ose imaginer ce que mes lecteurs banlieusards, pour lesquels on s’est acharné depuis quinze ans à provoquer les difficultés, doivent penser de mes émois) mais en tout cas il est devenu terriblement désagréable, n’étant utilisable que parce qu’on a fait pire à la surface de la ville. Ce que la gauche parisienne a fait depuis son arrivée au pouvoir peut être défendu, mais la vérité oblige à dire que cela n’est profitable que pour ceux qui disposent d’une voiture avec chauffeur. C’est le cas de tous les élus de gauche parisien et de leurs invités et fréquentations ; on comprend ainsi parfaitement leur effusion mutuelle, mais pour nous qui devons prendre le métro pour aller jusqu’à la Philharmonie et pour prendre ensuite un verre après le spectacle, sans que personne ne se soit avisé qu’il faudrait sans doute revoir les prestations de la ligne correspondante, on y regarde à deux fois. D’ailleurs, l’argument social d’avoir choisi un emplacement aussi excentré alors que dans le même temps personne ne se soucie d’une circulation facile et confortable dans la capitale est stupide de l’aveu même de ceux qui l’ont forgé, puisqu’il suffit de lire ce qu’ils racontent du forum des halles et de sa parfaite accessibilité, pour le coup pas seulement des bandes de Pantin mais bien de toute la banlieue parisienne, pour comprendre qu’un vrai souci de rendre la musique facilement accessible à toutes les populations de la région parisienne aurait justifié de le construire en lieu et place de ce trou surmonté d’un pet, pardon, d’une canopée, et non d’offrir au centre de la région, au noeud de communication le plus important d’Europe (sic, mais sans doute dira-t-on bientôt du monde, voire de l’univers connu), des boutiques Pimkie, Celio et Darty.

La gauche française représente le pouvoir de l’argent. Et que veut l’argent ? une ville compliquée à l’extrême pour ceux qui n’en n’ont pas, mais avec une politique sociale agressive pour pouvoir fournir la main d’oeuvre mal payée (donc immigrée) qui est absolument nécessaire au fonctionnement de ses plaisirs (les nouveaux valets dont parlait un sociologue de gauche dans un article prophétique publié dans un millénaire où il existait des sociologues de gauche). Sa rage d’avoir des logements sociaux n’est pas à chercher ailleurs : il faut bien qu’on lui prépare à bas coût ses tapas. Elle aime le monde dichotomique, où il y aurait des pakistanais et des inspecteurs des finances. Elle aime les allégements de charge au niveau du smic, qui contiennent le coût de production de sa domesticité indirecte, comme la perspective du licenciement facile. Mais cela nous éloigne de notre sujet, ou cela nous y ramène sans doute, car je me suis trompé dans ce que j’annonçais. Car ce qui va le moins me manquer en quittant la France,  c’est sûrement sa vie politique.

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