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J’ai pensé, j’ai écrit et j’ai même lu dans les meilleurs livres que le plus important ce n’était pas d’être aimé, mais d’aimer. Je suis aujourd’hui persuadé du contraire et il faut que je m’en explique au bénéfice des quelques naïfs qui sont victimes de la même erreur. J’apporte immédiatement une nuance : il est bien important d’avoir aimé, peut-être même plusieurs fois, mais enfin quand on a connu ce sentiment, on sait que ses modalités sont limitées, que la nouveauté et la surprise n’y ont aucune part, l’individualité non plus, et qu’à moins de ne pas vraiment aimer celui qu’on aime, aucun amour n’est différent d’un autre de sorte que l’amour est sans nul doute le seul plaisir de l’existence qui ne puisse être ni enrichi, ni raffiné. Le reproche symétrique pourrait être fait à la douceur d’être aimé, sauf qu’il est inopérant, car précisément ce n’est qu’une douceur, et qu’on ne demande à la douceur que d’être douce, réconfortante, hospitalière, disponible, tendre, docile, apaisante. Cette douceur est une sorte de toile de fond de l’existence, qui donne plus de relief à tout le reste, et qui conjure l’unique malheur absolu, qui est de vivre seul avant de mourir.

Vous me direz que cela n’est pas suffisant, que les moustiques nous aiment, que Michaël Jackson et Madonna nous aiment et que Nicolas Sarkozy ne nous trahira pas ; malgré cela, nous ne sommes pas heureux. Ajoutons donc au nouveau dogme qu’il faut être aimé de quelqu’un qui nous importe un peu, non pas qu’on l’aime forcément (à la vérité, il est meilleur de ne pas l’aimer), mais qu’il nous plaise et nous épate, un peu, c’est assez. Achevons de nous convaincre en relevant qu’aimer, c’est toujours nous limiter, (à une illusion exténuante) alors qu’être aimé, c’est être soutenu.