—Tu sais, je ne t’ai jamais vu avec une femme.
J’aurais aimé soupirer, mais enfin, c’est ma mère, quand même. Ou lui objecter que mon père utilise un constat inverse pour parvenir à la même conclusion (Netromain, tu as trop de femmes autour de toi ), mais elle m’aurait encore traité de beau parleur. Je me suis contenté de profiter d’un chahut du chien pour l’attirer sur un sujet de conversation plus paisible.
Elle ne voulait pas me coincer pourtant. Je pense qu’elle souhaitait simplement me soulager de ma détresse, ou du moins la partager.
Le problème est que cette conclusion qu’elle n’a pas formulée, je n’en suis pas du tout fier. Au temps de mon adolescence, j’avais transformé ce goût en une élection : puisque je n’étais pas comme les autres, j’étais donc meilleur. La lecture de qui vous savez m’avait conforté dans une sorte d’héroïsme viril, qui n’entendait pas sacrifier au destin de l’espèce, et qui voyait dans l’orgasme à deux garçons un pied de nez hautain à l’univers. J’encule parce que c’est absurde, quoi. Deux amis qui s’aiment, s’embrassent et se donnent du plaisir, c’était beau comme une tragédie classique ou une bande dessinée de l’école belge. Voyez quelle sorte d’idiot j’étais alors.
Aujourd’hui, je peine à voir l’intérêt d’être pédé (même si j’y prends évidemment beaucoup de plaisir). Avec un pédé, tout est en option : le cerveau est en option, la tendresse est en option, la peau douce est en option. Avec une nana, au moins, tous ces équipements sont livrés de série. Et qu’on ne me dise pas qu’il suffit de prendre toutes ces options : elles ne sont jamais disponibles en stock.
Oh, je ne devrais pas me plaindre ainsi, car j’ai eu le meilleur, je crois. De sublimes balades de cinq ans, de deux mois ou de deux heures. Chacune formant un chapitre exquis dans sa composition, ses personnages, ses retournements et ses paysages. Oui, mais aucun qui se suive, et rien pour les relier. Et chacune de ces balades ne menant qu’à un mur ou à un trou.
Dans le temps qui me reste, plaise à Dieu de me faire connaître encore de telles balades, avant de finir calciné dans un crematorium, puisqu’à quoi bon enterrer ceux qui ne seront jamais ancêtres ?
" le cerveau est en option, la tendresse est en option, la peau douce est en option." <= par expérience, je peux te dire que ce sont aussi des options chez les filles (sauf chez moi :p)
C’est beau comme de l’Alexandre Jardin :°)
D’ailleurs, j’ai en ma possession son dernier opus qui ne sortira qu’à la rentrée, tu ne voudrais pas me le dédicacer ?