Je viens de supprimer son nom dans mon répertoire ; j’ai effacé tous ses sms ; un petit coup de recherche sur mon ordinateur, et paf, tout ce qui le concerne est dans la corbeille, email inclus. Ah, j’allais oublier les photos : anéanties en trois clics. Je n’ai rien pu oublier : là aussi, le numérique simplifie tout. Maintenant, si j’en parle, je ne pourrai plus rien prouver, et on dira que je l’ai rêvé.
Ca a l’air simple, et pourtant je n’y étais jamais parvenu avant. Tourner les talons à celui qu’on disait chérir hier. Mettre à la poubelle de sa petite histoire celui qui l’enchantait la veille encore. Reprendre sa parole. Toutes ces choses horribles que l’on m’a faites et qui m’ont laissé interdit, quand j’ai enfin compris qu’elles étaient réelles. J’ai prétendu que dans un tel cas, c’est celui qui souffre qui est le plus heureux, car on ne souffre pas quand on n’a rien vécu. Aujourd’hui, je prétends qu’on s’en fout. Rien ne cicatrise jamais ? la belle affaire, tant que cela ne nous tue pas vraiment. Il y en aura des autres, il y en a déjà eu d’autres, il y en a déjà un autre. Celui qui vous a laissé n’est plus rien pour vous, il vous a rendu votre serment, il vous a rendu la vie. Je vais être encore meilleur amant, maintenant.